Albert Barillé débute sa célèbre collection Il était une fois… en 1978, avec Il était une fois… l’Homme, suivi de l’Espace en 1982, La Vie en 1987, Les Amériques en 1992, Les Explorateurs en 1994, Les Découvreurs en 1997 et enfin Les Inventeurs en 2000. Unis par le même objectif ludo-pédagogique, ces séries diffusées à la télévision marquèrent une génération entière d’enfants, et de plus grands enfants. À travers la métaphore, la personnification et le récit narratif, ces vidéos avaient pour objectif de rendre accessibles des savoirs complexes. Il était une fois… la Vie, nous immerge dans le corps humain pour vulgariser ses fonctionnements biologiques au travers d’un univers métaphorique. Nous nous penchons ici sur un épisode précis : Les sentinelles du corps. Découvrons comment la métaphore et la mise en récit permettent de rendre compréhensibles des processus abstraits.
Il était une fois…la Vie s’intéresse à représenter et vulgariser l’univers intérieur du corps humain. Cet objectif rencontre une problématique majeure : Comment représenter l’invisible ? Ce que personne n’a jamais vraiment vu ? Comment rendre intelligibles des processus abstraits et trop complexes ? La série relève le défi à travers une stratégie ingénieuse et narrative : rapprocher le fonctionnement obscur du corps humain à un fonctionnement tangible et connu de tous : une société organisée, où tout le monde a un rôle. Cette métaphore centrale du corps comme un lieu de vie structure l’entièreté de la série. Les vaisseaux sanguins se transforment en route, les organes deviennent des espaces, chaque cellule est personnifiée avec un métier, certaines se déplacent avec des véhicules… Cette mise en correspondance permet de ramener un univers abstrait vers un univers tangible, facilitant la compréhension du plus jeune public. En effet, en raccrochant un fonctionnement sophistiqué à un fonctionnement quotidien déjà assimilé comme circuler, défendre, réparer… il est plus facile de l’intégrer. Toute l’efficacité de ce dispositif dépend donc de cette stratégie métaphorique : tout ce que le corps abrite doit avoir un équivalent dans l’univers métaphorique. L’épisode Les Sentinelles du corps illustre parfaitement cette démarche. Il présente un univers intérieur organisé, reflétant notre société et son fonctionnement. Le système scolaire y est transposé lorsque l’on suit l’apprentissage des globules blancs, figurés comme des élèves de police. Le « mauvais élève » s’endort en classe et échoue à distinguer les bonnes bactéries des mauvaises. Cela humanise les cellules, les rendant faillibles, ce qui suscite l’empathie du spectateur. De plus, le système de défense du corps est représenté comme une organisation militaire redoutable, structurée à l’image de nos forces armées, avec des policiers et des unités spéciales. Cela témoigne comment les mécanismes biologiques abstraits peuvent être plus facilement compris par le biais de références culturelles et sociales familières, propres à une époque. La scénarisation de ces défenses armées place les globules et lymphocytes en véritables héros, inspirés des codes d’autres dessins animés où des personnages héroïques viennent rétablir un désordre causé par l’ennemi. Leur visionnage à la télévision renforce cette reprise des codes du dessin animé, où l’on intègre une portée éducative. La personnification est l’outil le plus répandu dans cette transcription. Toutes les cellules interagissent, parlent, collaborent, ressentent, réfléchissent, réagissent… La plupart du temps, leur anatomie est représentée de manière plus ou moins anthropomorphique, avec des bras, des jambes, ou inspirés des insectes. Leur silhouette ou uniforme évoque leur fonction, avec par exemple les globules rouges qui transportent l’oxygène sur leur dos, les globules blancs qui sont des policiers ou les lymphocytes qui sont des soldats spécialisés. Pour ce qui est des personnages malveillants comme les virus ou les toxines, leurs traits physiques communs traduisent leurs mauvaises intentions : sourcils froncés simulant la ruse ou la colère, grand sourire malicieux, couleurs saturées attirant l’attention ou couleurs marrons associées à la saleté. On observe que certains ont des mâchoires plutôt dessinées, de grands nez et un menton allongé. Ce code visuel permet en un seul coup d’œil de les repérer dans les scènes et ne pas les confondre avec les autres personnages. Cela pose la problématique du choix des attributs corporels humains associés à la malveillance, et encore une fois ce que cela témoigne de notre société, surtout dans des contenus pédagogiques à visée enfantine. On retrouve des métaphores jusqu’au moindre détail, permettant de lier les deux univers de manière solide. Par exemple, on évoque le fait que seules les cellules du corps, donc les gentilles et bienvenues, possèdent la carte d’identité HLA, ce qui permet de les différencier des ennemis, ne possédant pas la carte d’identité. Ce rapprochement clair permet de directement placer chaque personnage dans un rôle structuré. On peut tout de même, encore une fois, relever l’aspect révélateur de nos fonctionnements humains, avec le rapprochement entre papiers d’identités, étranger, intrus, ennemis et malveillance. Ainsi, la métaphore, la personnification et la mise en récit permettent de rapprocher le monde lointain du corps humain au monde connu de notre société. En raccrochant chaque élément à cet univers, une compréhension plus fluide se met en place. Comme un miroir, ce processus met aussi en lumière les fonctionnements sociétaux pris comme points de comparaison.