Quand La Hulotte paraît pour la première fois en janvier 1972, elle ressemble à un petit bulletin ronéotypé tiré à quelques centaines d’exemplaires dans un village des Ardennes. Cinquante ans plus tard, la revue n’a presque pas changé et pourtant elle atteint aujourd’hui les 150 000 abonnés. Derrière ces numéros, une seule personne écrit les articles scientifiques et dessine l’entièreté des images, il s’agit de Pierre Déom. Comment fonctionne cette revue naturaliste et comment a-t-elle fait sa place sur nos étagères ?
Pierre Déom a 17 ans quand il commence à s’intéresser à la nature pour la première fois. Il se retrouve un peu par hasard à faire du baguage d’oiseaux et il observe la disparition des oiseaux dans les milieux naturels ardennais. Il décide alors de créer des clubs de protection de la nature (CPN), en parallèle, La Hulotte est pensée pour être un bulletin de liaison entre ces clubs.
Grâce au bouche-à-oreille, sans aucune diffusion et avec quelques actions de communications auprès des médiathèques et des écoles, La Hulotte se développe rapidement et atteint les deux mille abonnés en quelques mois. Les créations de CPN, elles, n’augmentent pas au niveau des espérances de Pierre Déom. La Hulotte s’adapte et devient une revue naturaliste à part entière. Pierre étudie les revues existantes, réalise une veille pour savoir ce qui manque comme informations au public. C’est pour cela que les premiers numéros présentent beaucoup de guides pour fabriquer des mangeoires, nichoirs, abris à faune sauvage, etc., et que les numéros publiés ces dernières années sont plutôt des zooms sur une espèce en particulier sur la totalité d’un ou plusieurs numéros, comme les deux numéros sur le rhinolophe, Le Petit Fer-à-cheval.
Seul à la rédaction et aux illustrations, accompagné de son documentaliste, Pierre Déom passe de très nombreuses heures à se documenter, piocher dans les références, (les revues scientifiques, échanges avec des chercheurs…), à étudier des photographies et fait aussi des sorties de terrains pour certains sujets, comme Guide des toiles d’araignées.. Les numéros sont publiés lorsqu’ils sont prêts, confie Pierre, il a une fois mis quinze années pour documenter correctement un de ses numéros, Petit mystères des grands bois.
Cette liberté de temporalité de publication va de pair avec la qualité des informations et les choix de sujets. Dans son entretien il dit : “ je pense que c’est ce qui permet à La Hulotte d’avoir une documentation la plus irréprochable possible en fait, parce que je ne compte pas le temps qui va être pris, ni par les dessins, ni par les textes, et encore moins par la documentation qui peut quand même s’étaler sur des mois.” Ne pas dépendre de subventions lui permet aussi de traiter de sujets qui n’intéressent économiquement et qui ne génèrent pas de financement. Les numéros sur Le moineau n’auraient pas pu être réalisés en dépendant de subventions, et pourtant Pierre Déom a réalisé trois numéros sur cette espèce qui a suscité un grand intérêt chez ses lecteurs.
La Hulotte est un objet hybride entre livre et édition, le journal le plus lu dans les terriers se passe entre les générations, car c’est une revue sensible qui mêle humour et informations. Pierre Déom a pris soin de vulgariser les textes pour qu’ils soient lus par tous à partir de huit ans.
Sources
Entretien réalisé avec Pierre Déom, novembre 2025
Podcast France Culture, Série « Les 50 ans de « La Hulotte », le journal le plus lu dans les terriers »
Site Internet de la revue La Hulotte